vendredi 7 septembre 2007

Grand frère


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Je pensais écrire à ton sujet, toi l'unique frère que j'aie jamais eu, moi, l'enfant unique, et j'avais pensé le faire le 1er mai mais d'un autre côté, je ne souhaitais pas attendre aussi longtemps ; un de mes amis venant de m’ écrire un petit mot me conduisant inéxorablement vers toi, je saisis l’occasion ...

... J'aimais t'attendre ; un coup de fil et la nouvelle de ta venue imminente se répandait dans la maison familiale "Michel arrive, Michel arrive !". Je trépignais d'impatience et quand j'entendais une voiture s'arrêter devant la maison, je courrais à la fenêtre pour vérifier si c'était bien toi, je me précipitais dans la cage d'escalier pour crier "Michel, Michel, monte". Ton père avait tout juste le temps de te saluer que déjà tu montais, cédant à mes caprices, pour mettre fin à mes cris ou t'échapper. Tu avais tout juste le temps de nous saluer, oui tu viendras dîner demain avec nous, forcé de capituler, mais tu ne pensais qu'à eux, tes copains, ton unique famille et ils t'attendaient ; ce qui fait que tout juste arrivé, tu disparaissais, au grand dam de ton père. J'aimais te voir ainsi, quelques heures tous les 6 mois, de retour d'une saison hivernale ou estivale, ici ou là sur cette terre. Un très court instant partagé avec nous, pour nous raconter comment tu allais, pour me laisser un souvenir d'Égypte, de Turquie, Tunisie ou Tahiti ...

Je me souviens du jour de tes fiançailles, quand le grand enfant qu'est mon père eut le besoin pressant de faire le pitre et de faire tinter les clochettes alignées pour décoration au-dessus de la table en verre. Honte et crainte à la fois ! 7 ans de malheur ! Peut-on pardonner ce genre de choses ?

Je me souviens bien de la naissance de ton premier enfant ; tu nous avais invités, tu étais seul dans ton appartement et avais préparé le meilleur repas que j'aie jamais goûté : des frites et des petits pois.

Je me souviens t'avoir rendu visite, là où tu travaillais, à Chamonix cet hiver-là, et une autre fois, seule, bien des années plus tard ; nous avions fait du ski ensemble, là-bas, dans les Alpes.

Si je devais additionner les heures passées avec toi, combien y en aurait-il ? 2 jours par an x environ 20 ans = au minimum 40 jours dans une vie.

Oh, je t'ai vu plus de 40 jours puisque la maladie t'a contraint à arrêter ton travail, t'amenant à rester dans ton village qui est aussi le mien. Comme cela arrive souvent, c'est dans des situations extrêmes que les personnes prennent le temps de s'apprécier. Je suis heureuse d'avoir trouvé le temps et le courage de t'avoir dit combien je t'aimais avant qu'il ne soit trop tard.
Ce qui t'attendait, et nous aussi forcément, était terrifiant et je me demande encore quels furent tes sentiments et tes pensées, en particulier vers la fin quand tu ne pouvais plus bouger les lèvres pour laisser sortir un seul mot ou tenir un stylo pour t'exprimer. Au début, ventriloque impuissant, tu essayais au moins d'extirper du fond de ta gorge, un cri presque bestial et difficile à comprendre ; cela a dû être terrifiant de voir se fermer portes et fenêtres, les unes après les autres, de ne pouvoir rien dire de toi, de tes sentiments, de tes besoins, de ta détresse, pouvant tout juste acquiescer d'un signe de la tête mais qu'en était-il quand les gens ne posaient pas les bonnes questions ; ne te questionnaient pas sur ce que tu aurais souhaité exprimer ? Quel enfermement !

Je ne peux m'empêcher de penser à ma tante ; "tu as raison, tata, on a plus de respect pour les animaux que pour les êtres humains ; quand un animal souffre trop, on l'abat ; quelqu'un qui aime les animaux et en a un, chat ou chien, ou que sais-je encore, prendrait la décision de ne pas le laisser souffrir et de le faire piquer ».

Les personnes qui ont vu ce que j'essaie d'expliquer sauront ; les autres peut-être pas. Peu importe ; je veux saluer ton grand COURAGE et te témoigner, une fois encore, notre AMOUR, nous : ta famille, tes amis et moi.

- - Michel est décédé dans la cinquantaine après de longues souffrances dues à une maladie dégénérative du cerveau, «la maladie de Charcot » - -